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Patrick Vuattoux : « Il manque une volonté politique pour soutenir le développement des maisons de santé »

par La rédaction - le 29/04/2016

Patients et professionnels de santé plébiscitent les équipes de soins primaires coordonnés. Le docteur Patrick Vuattoux, médecin généraliste exerçant son activité au sein de la MSP Saint Claude à Besançon, membre du conseil d’administration et responsable qualité de la Fédération française des maisons et pôles de santé (FFMPS), présente les enjeux de ces regroupements de professionnels tant pour les patients, les soignants et la collectivité.

 

Comment définiriez-vous les maisons et pôles de santé ?
Patrick Vuattoux : On parle désormais plus volontiers de maison de santé, voire d’équipe de soins primaires coordonnées que de pôle de santé, une appellation qui tend à disparaître. Mais la définition du code de la santé en reste simple. Une maison de santé comprend : des professionnels de santé, un exercice des soins de premier recours et un projet de santé. Contrairement à ce que le mot de maison peut laisser supposer, ces professionnels peuvent tout à fait créer une maison de santé sans nécessairement exercer leur activité dans un même lieu physique. La labellisation « maison de santé pluriprofessionnelle » est donnée par chaque ARS afin de prétendre à un financement public (nouveaux modes de rémunérations définis récemment par un règlement arbitral).

Combien de regroupements de ce type existe-t-il en France ?
P.V. : Il existe actuellement plus de 778 maisons de santé en France et 413 projets en cours (recensement des ARS). Ce mode d’exercice regroupé étant de plus en plus prisé des professionnels, tout particulièrement des jeunes médecins, leur nombre augmente. Et on devrait atteindre sans difficulté l’objectif de 1000 maisons de santé que s’est fixé la ministre de la santé d’ici à la fin de l’année 2016.

Comment expliquez-vous le succès actuel de ce mode d’exercice ?
P.V. : Je pense qu’il renvoie d’abord à une évolution de notre métier liée à l’augmentation de pathologies chroniques (diabète, maladies cardiovasculaires, etc) des cas complexes et au vieillissement de la population dont nous avons la charge. Ces changements nous imposent d’adapter notre prise en charge. Il s’avère de plus en plus difficile d’apporter une réponse univoque aux problématiques de ces patients. En équipe pluriprofessionnelle, nous pouvons prendre en charge le patient dans toutes ses dimensions. Travailler en équipe nous amène également une certaine garantie d’équilibre entre vie professionnelle et vie extraprofessionnelle.

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“Travailler en équipe nous amène également une certaine garantie d’équilibre entre vie professionnelle et vie extraprofessionnelle” explique Patrick Vuattoux (FFMPS)

Est-il possible d’intégrer un spécialiste ?
P.V. : Une maison de santé pluriprofessionnelle est d’abord axée sur les soins primaires. Elle comprend donc à minima deux médecins généralistes et un autre professionnel de santé (Infirmière ou kiné ou…). En moyenne on y dénombre cinq praticiens généralistes. Certaines équipes accueillent d’autres spécialités (rhumatologues, cardiologues, etc…). Ces médecins spécialisés dans d’autres spécialités que la médecine générale, peuvent faire partie de l’équipe de façon régulière ou dans le cadre de consultations dites avancées, dont la fréquence dépend des besoins populationnels du territoire.

Les conditions de travail des professionnels de santé y sont-elles meilleures ?
P.V. : Une étude récente menée dans le département du Jura auprès des médecins généralistes a montré que la qualité de vie était meilleure pour les médecins généralistes exerçant en maison de santé par rapport à ceux exerçant seuls ou simplement en groupe (Betty Giradot-Conscience « La qualité de vie des médecins généralistes en maison de santé ddans le Juar » Thèse médecine générale. Besançon. Décembre 2015). Cela s’explique par le partage de la charge de travail entre les professionnels de santé. On est très loin des conditions actuelles d’exercices que subissent les médecins généralistes exerçant seuls qui doivent faire face à de très nombreuses heures d’activité. L’équipe de soins primaires s’animant autour de son projet de santé devient plus attractive pour les jeunes professionnels de santé et participe à la pérénisation de l’offre sur un territoire (travail d’évaluation de l’IRDES à propos de l’expérimentation des nouveaux modes de rémunération).

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Pour Patrick Vuattoux (FFMPS), “La maison de santé favorise l’émergence de nouvelles pratiques professionnelles et l’échange de bonnes pratiques”.

Quels sont les avantages pour les patients ?
P.V. : Une maison de santé pluridisciplinaire présente de nombreux avantages : une plus grande accessibilité horaire, et donc un meilleur accès au soin, une coopération effective entre tous les professionnels avec partage de leur dossier médical par l’équipe des soignants. Elle favorise l’émergence de nouvelles pratiques professionnelles et l’échange de bonnes pratiques. L’étude de l’IRDES précédemment citée a notamment démontré que la qualité du suivi des patients diabétiques de type 2 est sensiblement meilleure dans les maisons de santé pluridisciplinaires.

Le développement de ces équipes de soins primaires est-il soutenu par les pouvoirs publics ?
P.V. : Nos dirigeants perçoivent l’exercice en équipe de soins primaires comme un moyen de maintenir une offre de santé sur le territoire en améliorant les conditions de travail et en garantissant des soins de qualité à l’ensemble de la population. L’enjeu est de taille. Mais à l’heure actuelle, il nous manque une politique vraiment incitative. L’exercice pluriprofessionnel a un coût d’investissement et de fonctionnement pour le professionnel de santé supérieur à celui d’un cabinet classique, ne serait-ce que temporel : temps de coordination, de transmission, de réunion d’équipe. Or la rémunération des professionnels de santé libéraux est toujours basée sur une nomenclature d’actes. Cette nomenclature ne tient pas compte de ce temps de coordination des professionnels de santé autour du patient, mais également pour alimenter d’autres actions de santé (actions de prévention, temps de protocolisation des prises en charges, management des personnels salariés, etc…) Peut-être faudrait-il imaginer autre chose ?

A quelles autres pistes d’améliorations pensez-vous ?
P.V. : En dehors de cette volonté politique à concrétiser par une reconnaissance financière du travail de coordination des équipes de soins primaires, d’autres pistes d’amélioration peuvent être explorer. Si peu que les soins primaires en France présentent une organisation visible, nous pourrions créer un véritable partenariat avec l’hôpital pour améliorer le parcours de soin des patients. Dans un autre registre, il me semble indispensable que nous repensions la place de l’usager de la santé de proximité. Pour améliorer l’offre en santé, la coordination de soin, la participation de l’usager est essentielle. C’est un challenge particulièrement séduisant à mes yeux.

 

La rédaction

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