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Vos fonds euros ont-ils encore un avenir dans vos contrats d’assurance-vie ?

par David Elgrably - le 17/02/2015

Plébiscités depuis de nombreuses années, les fonds en euros n’ont plus la cote. Leur rendement a sérieusement baissé entre temps. Pourquoi ? Comment est fabriquée la performance ? Quels sont les risques pris ? Éclairage

 

Le succès des fonds euros ne doit rien au hasard. Trois avantages majeurs l’explique : garantie du capital, taux de rendement minimum garanti par l’assureur et rendements annuels réguliers liés essentiellement au marché obligataire. En contrepartie, la performance est moins éclatante que pour des fonds diversifiés ou les actions par exemple, qui, eux, sont plus exposés au risque. Surtout depuis 2008, en écho à la baisse des taux directeurs des banques centrales, elle n’a cessé de baisser. Même si ce repli est de moins en moins important, comme le montrent les rendements 2014, il existe aucun moyen de rectifier la performance du fonds par d’autres arbitrages. Vous êtes totalement passif. La gestion est assurée uniquement par l’assureur.

Répartition des fonds euros

Source : www.fiducee.com

Prépondérance des obligations
Longtemps vus comme un placement sécurisé, les fonds euros ne le sont pas tant que cela. En effet, ils répercutent les risques associés aux obligations car elles en constituent l’essentiel des actifs. Dès qu’un particulier investit dans un fonds euros, son épargne est transformée à plus 80 % en obligation. De quoi s’agit-il ? Ce sont des reconnaissances de dettes d’un État, une Collectivité locale, une entreprise publique, une entreprise privée… Bref, quand un investisseur achète une obligation, en réalité il prête une somme d’argent à l’émetteur de cette obligation. En retour, il va percevoir des intérêts pendant toute la durée du prêt : le coupon. Ces coupons permettent à l’assureur de rémunérer nos fonds euros.

A l’échéance fixée au moment de la souscription de l’obligation, par exemple 5 ans, l’emprunteur rembourse le prêt à l’investisseur. Le risque pris est donc celui de ne pas être rembourser des sommes prêtées. Autrement dit essuyer un défaut de paiement. Pour réduire ce risque, les assureurs regardent de près les notations, la qualité des dettes et surtout la confiance ressentie vis-à-vis de l’émetteur. Et c’est bien parce que la confiance dans la capacité des États à rembourser leurs dettes, dans les délais impartis, est tombée en 2008 qu’un doute pèse. D’ailleurs il ressurgit régulièrement, comme pour la dette grecque. Or, les règles imposées par le régulateur à travers des réglementations appelées Solvency II et Bale III, obligent les assureurs à privilégier les dettes des États. Dit autrement, les assureurs doivent prêter aux États dont une partie de la confiance nécessaire a été perdue. La nouvelle politique de la BCE ne joue pas en faveur d’un retour de confiance car elle ne fait que repousser l’échéance du remboursement par les États. En faisant durer cette période remboursement, la BCE augmente la probabilité que cela va mal finir car les taux d’intérêts ne vont pas rester à leur niveau historiquement bas. A moins qu’entre-temps, les Etats apprennent à faire moins de déficit. C’est tout le défi.

Comment verser des rendements 2014 de 1,70% à 3,5% ?
Les taux des obligations assimilable du Trésor servent de référence pour mesurer la performance moyenne et future des obligations. Aujourd’hui, le rendement de l’OAT 10 ans s’affiche à 0,64%. A cela, il faut appliquer des frais de gestion, qui varient de 0,5% à 1% en fonction des contrats. Ces frais venant en déduction des rendements de l’OAT, au final vous perdez de l’argent. Pour verser des rendements positifs, les assureurs utilisent les rendements des anciennes obligations qu’ils ont en portefeuille car ils sont plus importants. Autre alternative pour eux : les obligations des entreprises ou des Collectivités locales qui offrent, elles aussi, de meilleures rendements, autour de 5 à 8 % selon la qualité des notations.

Evolution de la performance des fonds euros

Source : www.fiducee.com – FFSA

Conséquences d’une remontée des taux ou de défaut d’émetteur
Tôt ou tard, les taux monétaires vont remonter. Si ce n’est pas encore d’actualité et sans doute pas avant 2016, cela ne constitue pas un risque direct sur les fonds en euros. D’un côté, un assureur accompagne la tendance avec des achats réguliers d’actifs. Seule, une remontée brutale des taux ou le défaut d’un émetteur, peuvent créer des risques importants. C’est ce qui a failli se passer il y a quelques mois avec la Grèce, le Portugal, l’Espagne ou l’Italie avec une hausse conséquente des taux, face à l’aversion au risque lié à chaque pays.

D’un autre côté, en cas de crise majeur entraînant des retraits massifs, l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) peut placer un assureur-vie sous surveillance spéciale. Elle peut aussi prendre toute une série de décisions parmi lesquelles le gel des dépôts et de la perception de primes ou bien encore la suspension des rachats, des avances ou des arbitrages. Par ce moyen, les porteurs de parts du fonds en euros ne sont pas victimes des effets négatifs et néfastes provoqués par des retraits massifs le cas échéant. Cette disposition s’est traduite dans les contrats actuels d’assurance-vie par des clauses de blocage. Par exemple : “La compagnie peut refuser ou suspendre les demandes d’arbitrage sortant du Fonds général en fonction de l’évolution des marchés, dès lors qu’au moment de la demande, le dernier Taux Moyen des Emprunts d’Etat français publié est supérieur au taux de rendement net servi l’année précédente au titre du Fonds général”. Cela peut paraître alarmiste, en fait, il s’agit d’une précaution bien utile pour préserver votre investissement dans une fonds en euros.

Le risque réel des fonds en euros
Vous devez savoir que les fonds en euros disposent de deux sécurités. D’un côté, les compagnies d’assurance garantissent le capital investi. De l’autre côté, l’État a mis en place des fonds de garantie pour rembourser les particuliers en cas de faillite des banques ou des assureurs. Bien sûr, face à une crise systémique majeure et d’une ampleur que nul ne peut imaginer, elles ne pourraient pas être tenues. Mais dans des crises plus classiques et non systémiques, elles sont largement applicables. C’est ce qui en fait un atout indéniable pour la confiance des investisseurs.

Depuis les années 2000, les risques de crise systémique ne sont plus nuls. Même le défaut des États n’est plus un sujet hypothétique. Cela peut arriver. Est-ce à dire qu’il faut renoncer aux contrats en euros ? Sans doute pas ! Les fonds en euros restent une opportunité de placement. Par contre, il ne faut pas être exclusivement investis dans ces contrats. Or 85 % des contrats d’assurance-vie sont investies en fonds euros. Ce n’est pas raisonnable ! Plusieurs solutions s’offrent à vous sans prendre plus de risque. Par exemple, vous orientez vers un fonds euros créé par vous-même dans votre assurance-vie. Ce fonds pourrait regrouper des obligations d’Etat hors zone euro, des obligations d’entreprises, des SCPI, des actions, des produits structurés, des matières premières, des devises étrangères. Tout ceci en fonction de votre aversion aux risques, de votre situation et de votre sensibilité pour tel ou tel placement. Bref, comme le disait Platon, “il faut préférer ce qui est impossible mais vraisemblable à ce qui est possible mais incroyable”.

David Elgrably

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